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Record du Monde à -330 !

Record du monde de profondeur en scaphandre autonome à -330 !

Mardi 5 juillet 2005 Propiano/Corse. 9h du matin.

Cela fait des années que j’attends ce moment : je suis confortablement assis sur la barge du club U-Levante de Denis Bignand ; sous mes palmes déjà dans l’eau, 400 mètres de fond ! Les eaux du Valinco sont calmes, c’est inespéré ! Nous avons dû reporter si souvent cette plongée à cause du vent !

La réalisation de cette plongée avait tourné à l’obsession. Une idée fixe.

A peu de distance, on peut distinguer sur la côte, Porto Polo.

A mes pieds, la grosse bouée bleue à laquelle est fixée la corde de 350 mètres lestée de 50 kilos qui plongent vers les abysses…et qui m’attend.

Dommage qu’il y ait cette boule dans le ventre qui ne disparaît pas malgré la relaxation, une respiration tranquille et surtout de si bonnes conditions. L’équipe s’affaire efficacement autour de moi.

Hubert, François, Tono, Christian, Sophie, Frank et Denis d’U-Levante. J’ai déjà capelé mes vieux bi-18 litres avec une 7 litres d’air en plus pour mon vêtement étanche et des doubles wings, très compactes.

J’ai réduit le matériel au minimum, pour diminuer les risques d’erreur et de confusion au fond.

Seules les quantités de gaz ont été  » surdimensionnées « . Ma hantise a toujours été d’en manquer.

Mise à l’eau et fin de l’équipement, un peu laborieuse mais nécessaire. Je ne veux rien laisser au hasard. J’essaie de rester concentré malgré les petits problèmes de dernière minute. Visualiser la plongée, une fois de plus, voir si je n’ai rien oublié dans la longue check-list, aussi longue que pour un départ dans l’espace. D’ailleurs, la remontée du fond sera plus longue qu’un retour de l’espace. C’est donc bien pour un long voyage dans l’inconnu que je me prépare. Avec ses incertitudes malgré la préparation minutieuse, surtout sur l’état au fond, car seuls 3 plongeurs sont allés au-delà de -300m.

Je débute enfin mon immersion un peu encombrée par mes 6 grosses bouteilles. Je franchis la surface, l’interface entre l’air, les copains, la sécurité et la solitude. Normalement mon stress devrait me quitter à ce moment mais il n’en est rien. Petite pause  » concentration  » à -6 mètres, mais je suis pressé d’être au fond, de savoir enfin. Début de la descente, donc lente puis progressivement de plus en plus rapide, grâce à mes gueuses.

A -70 mètres j’accroche ma bouteille de 18/50, passe sur le 6/72, et commence à prendre de la vitesse.

Je franchis le cap des -100 mètres sans trop y prêter d’attention et commence à prendre de la vitesse.

Je dépasse l’étiquette -150 mètres. Lors de mes premières plongées aux mélanges en 1993, cette profondeur me semblait quasi-inaccessible. Mais depuis 1996, entre les explorations de cavernes noyées et les plongées d’assistance avec Pipin et Audrey Ferreras je suis redescendu une quinzaine de fois entre -150 et -174 mètres, souvent dans des conditions difficiles et avec des tâches à effectuer (Explorer, dérouler du fil, filmer, assister…), ce qui me procure un certain confort psychologique à cette profondeur. A la descente, mais surtout à la remontée pour les paliers. Une plongée spéléo en recycleur Voyager à -150m (7h30) un mois plus tôt m’a bien remis dans le  » bain « .

Je viens de passer les -200 mètres pour la troisième fois depuis que je plonge profond.

La première fois c’était dans l’immense caverne noyée de Fontaine de Vaucluse en 1998 à plus de -250 mètres ! La deuxième fois, en mer au large des côtes catalanes à -231 mètres avec la même équipe à partir du Majunga de François Brun. C’est aujourd’hui presque une formalité puisque l’objectif est bien plus profond !

Toujours pas de SNHP.

La corde défile vite entre mes gants. Trop vite !j’ai besoin de toute ma concentration pour passer les oreilles, faire passer les bouteilles au gros mousqueton qui m’assure à la corde, gonfler mon vêtement étanche, heureusement équipé d’un gros débit…

J’arrive à la dernière bouteille de 20 litres accrochée à l’étiquette -250 mètres qui se trouve à -265 mètres (à cause de l’élasticité de la corde) avec un cyalume, comme toutes les bouteilles profondes.

Moment difficile : j’abandonne le relais 20 litres de 6/72 que je respire depuis -70 mètres, commence à respirer sur un relais le mélange fond, passe le nœud : trop de choses en même temps. Le Syndrome Nerveux des Hautes Pressions s’est bien installé sous forme de tremblements légers , mais surtout avec plus de difficulté à se concentrer. D’ailleurs la bouteille relais que je devais accrocher, glisse sur la corde et m’échappe ! Les copains la récupèrent peu de temps après sans trop comprendre et non sans une certaine appréhension. Pour moi bien sûr ça ne s’arrange pas avec la profondeur.

Je suis à présent plus à l’aise avec  » seulement  » 4 grosses bouteilles remplies de mélange fond.

Bizarrement je tremble moins qu’à la Fontaine du Vaucluse au delà de -200 mètres. Pas de troubles visuels évidents (problèmes de distance) non plus si ce n’est un  » effet tunnel « avancé : mon champ de vision semble restreint, avec peu de vision périphérique. Mes détendeurs Apeks ATX100 et mon titan Aqualung fonctionnent merveilleusement bien.

Je note à peine la présence de l’étiquette des -300 mètres qui devrait pourtant me marquer.

Un flasheur clignote, me signalant la zone très profonde. J’atteins la marque des -320m (situé à plus de -330/335m à cause de l’étirement de la corde constaté déjà plus haut et dû aux 50 kilos de lest) lorsqu’une grosse déflagration se produit dans mon oreille droite, accompagnée d’une violente douleur dans cette même oreille. Mon stress disparu depuis -70 mètres revient subitement . Sur le coup je suis persuadé d’avoir une grosse lésion du tympan. Je gonfle mes wings VBS rapidement et amorce la remontée. La douleur à l’oreille ne s’amplifie pas.

J’évite de penser à la suite, me concentrant uniquement sur les tâches immédiates à accomplir.

A -265 mètres, je récupère avec bonheur ma première bouteille de sécurité, le temps d’un premier petit stop. Puis la remontée reprend, plus lente (10m/mn). Là encore grosse différence avec Fontaine du Vaucluse, si le SNHP m’avait touché plus tôt, il m’avait en revanche quitté plus tard vers -70 mètres. Aujourd’hui j’ai le sentiment que dès -220m, il me reste peu ou pas de symptômes. A -215 mètres , deuxième stop profond pendant que m’accroche le second bloc déco. Et c’est encore plus lentement (5m/min) que je rejoins mon palier et ma bouteille suivante à -165 mètres. L’oreille fais moins mal que prévu et je suis en terrain connu. A partir de -150mètres la remontée devient extrêmement lente (3m/min), d’autant plus que les bouteilles s’accumulent autour de moi, sur la corde et sur mon harnais.

Lorsque j’arrive à -70 mètres, c’est 9 bouteilles relais de 20 litres que j’ai à gérer.

A -65 mètres je passe sur la seconde corde . J’y retrouve avec plaisir François Brun, avec lequel j’explore habituellement les épaves profondes, dont une en particulier au large des côtes catalanes sur -105 mètres. Notre dernière exploration remonte à 3 semaines, une manière comme une autre de s’entraîner. Il est en recycleur Buddy Inspiration, vient aux nouvelles et me ravitaille. Je lui fais part de ma douleur à l’oreille et de très légères nausées . Il me déleste de 4 bouteilles et après un long moment passé en ma compagnie, rejoint ses propres paliers.

Hubert Foucart prend le relais vers -50 mètres. C’est un adepte des plongées  » baroques  » comme il les appelle : profondes en spéléo ou en mer jusqu’à -211 mètres (quand même !), assistance de Pipin . Il me donne de l’eau mélangée à du Vogalène afin de prévenir les nausées. C’est ensuite Denis qui vient me voir lui aussi en recycleur et m’amène les bonnes petites purées et soupes de légumes de Sophie, dans des seringues géantes. Cette nourriture salée est une bonne alternative au lait concentré, crème de marron, compote, gel et eau déjà absorbés. Puis il m’amène un recycleur qui ne fonctionnera pas . La suite se fera donc en circuit ouvert, mais sans problème thermique particulier, malgré les forts pourcentages d’hélium.

A partir de -30 mètres je commence à ressentir de plus en plus les effets de la forte houle de surface. Ma douleur à l’oreille s’amplifie et bientôt chaque mouvement de la corde va devenir un calvaire. La décompression tourne au supplice. Vers -12 mètres le mal de mer commence en plus à se faire sentir. Le fait de supporter la douleur et la nausée commence à m’épuiser. La fin de la décompression se fait en compagnie de Christian, Pierre, Lolo, Théo, Francis et son épouse Sylvaine qui m’accompagne à -3 mètres et jusqu’à la surface que je crève après 8 heures 47 minutes de plongée.

Le retour à la surface, dont j’ai rêvé pendant toute la décompression, est brutal : je suis secoué dans une belle houle, ce qui n’arrange pas mon mal de mer. Déséquipé par les copains je me hisse péniblement sur le zodiac.

Là, je suis pris en charge puis rapidement évacué à terre par mes vieux potes Tono et Deit. Encore épuisé, Je continue à respirer l’oxygène encore une demi heure à terre tout en me réhydratant abondamment (eau plate et eau plus Adiaril).

Je devrais être heureux. Mais je me sens juste un peu plus serein. Et un peu frustré par la descente vertigineuse mais trop courte, déjà un souvenir.

Le JEU a fonctionné aujourd’hui, mes analyses n’étaient pas trop mauvaises.

Et je réfléchis déjà à ce qui pourrait être amélioré…

La technique de décompression.


Plusieurs points fondamentaux :

Des premiers paliers très profonds de 1 à 2 minutes ont été observés dès -265 mètres. Et à partir de cette profondeur, les vitesses de remontée ont été de plus en plus ralenties pour éviter des accidents graves de type 2, vestibulaire/neurologique dont les symptômes peuvent se déclencher profond dans ce type de plongée, comme celui qui avait touché John Bennett suite à sa plongée à -308 mètres : vertiges et vomissements dès -66 mètres et pendant toute la décompression (9h37). Il faut dire que des vitesses de remontée de 30m/min étaient fréquentes !

Cette vitesse lente et ces paliers profonds ont nécessité une grande quantité de gaz. Donc des bouteilles de 20 litres à -265 mètres, -215 mètres, -165 mètres(8/62), -145m, -115 mètres (13/57), -95 mètres, -80 mètres (18/50) , puis sur une seconde ligne d’une soixantaine de mètres à -60 (20/50), -51 (25/50), -39 (25 /50), -30 (38 / 33), -21 (50%O2), -15 (60% O2) et 2 narghilés O2 à -6 mètres.

On notera la grande quantité d’hélium dans les mélanges de décompression, plus facile à éliminer durant les derniers paliers . On a évité de dépasser les 30% d’azote au cours de la remontée jusqu’à -21 mètres.

Tous ces éléments m’ont permis d’avoir une déco relativement courte, en comparaison des 12h de mes tables les plus longues, qui est aussi le temps de décompression de Nuno Gomes, qui avait plongé à -318m 3 semaines plus tôt à Dahab, Mer Rouge.

J’ai donc opté pour cette table en raison de l’état de la mer, des douleurs et du mal de mer. J’ai pensé que rester plus longtemps m’exposait trop au risque d’épuisement.

D’autant que la déco en 3h après -300m (en caisson) de Keller dans les années 60, avait de quoi me rassurer ! En 2004, Mark Elyatt était sorti en 6h36 d’une plongée à -313m.

J’avais donc de la marge.

Pour limiter la narcose plus profond que -40/-50 mètres, on met bien sûr de l’hélium dans le mélange dont la proportion augmente avec la profondeur. Mais cet hélium favorise par ailleurs le refroidissement et surtout le syndrome nerveux des hautes pressions (SNHP).

Ce syndrome, pour simplifier, est aggravé par l’hélium au delà de -150/-180 mètres

Et par les vitesses de descente rapides, propres à ces plongées.

Pour l’hélium, de nombreuses expériences en caisson et quelques plongées tek ultra profondes ont montré que la présence d’un gaz narcotique, généralement de l’azote , masquait les effets du SNHP :tremblements des extrémités puis de tout le corps, troubles visuels puis difficultés à se concentrer et diminution des performances.

Il y a quelques années, j’avais envisagé d’ajouter de l’hydrogène mais sa manipulation délicate et les incertitudes quant à la décompression et les effets d’une compression rapide m’y ont fait renoncer.

Mais bien sûr plus on met d’azote, plus on risque d’être  » trop  » narcosé. Voir même de cumuler les effets de la narcose et du SNHP !

Tout est donc dans le dosage. Trop d’hélium, trop de SNHP, trop d’azote, trop de narcose.

Dans la pratique, sur des descentes plutôt rapides (10 à 30 mètres par minute), en caisson, des doses de 13 à 18% d’azote ont semblé diminuer sensiblement les effets du SNHP, sans trop narcoser. Sur les plongées tek ultra profondes, l’équivalence à l’air des plongeurs au fond se situait entre -70 et -100 mètres.

Pour ma part, une équivalence à l’air d’environ -60 mètres maximum m’a semblé raisonnable, associé à une pression partielle d’oxygène de 1, 4 à 1, 5bars.

Cela n’a pas empêché un SNHP important de me toucher à partir de -260 mètres.

Mais ce mélange a sans doute diminué son impact et j’ai en tout cas évité une narcose dangereuse.

Quant à la vitesse de descente, d’après les expériences en caisson, descendre à un mètre/minute ou encore moins vite a notablement augmenté les performances.

Mais il semble inutile de réduire la vitesse de 30/40 m/min à 10 m/min. Au contraire, il est possible que le SNHP ait encore plus le temps de s’installer.

En revanche cela augmente considérablement les paliers, déjà très longs.

Partenaires en Corse

Club de plongée U Levante à Propiano

Sans l’aide de Denis Bignand, qui connaît la baie comme sa poche et tous les meilleurs coins, et a tout organisé sur place, sans sa compétence et son efficacité nous chercherions peut être encore un site. Lui et ses sympathiques moniteurs nous ont apporté une aide précieuse, qu’ils en soient remerciés.

www. plonger-en-corse. com

plonger-en-corse@wanadoo. fr

0495762383 – 0622447599

Camping Vigna Maggiore à Olmeto Plage

0495760207 – 0620555178

Magnifique point de vue.

Jacques Bidani, son sympathique propriétaire, nous a accueilli à bras ouverts et a mis à notre disposition 2 confortables bungalows. Et nous a régalé de belles histoires locales.

L’Agence Maritime Sorba à Propiano qui nous a grandement facilité la traversée Marseille Corse.

O495760098

VOYAGES-SORBA@wanadoo. fr

La Compagnie Méridionale de Navigation

La société Prima gaz, Barcarès Yachting, La Banque Populaire Toulouse Midi Pyrénées (et l’Association des clients de la Banque Populaire), Mrs Bordes et Mézergues, et les Echelles Centaure, Mr Vinsonneau et Mme Demoor pour leur précieuse aide financière.

L’équipe

16 personnes en tout plongeurs ou marins.
De Toulouse et de Catalogne : Ils suivent ce projet (et d’autres : épaves, spéléo…) et le portent à bout de bras depuis le début ; chacun a sa spécialité mais reste très polyvalent. Préparation, annulations, doutes ont été notre lot depuis ma -231m de 2003. Sans eux rien n’aurait pu se faire, ni sans doute sans la patience de leurs familles. Je ne les remercierai jamais assez de leur gentillesse, efficacité et dévouement.

François Brun, explorateur d’épaves bien connu.

Christian Deit, spécialiste de raids, spéléo, canyoning, plongée.

Hubert Foucart, explorateur spéléo et sur épave, aime bien la profondeur…

Sophie Kerboeuf, plongeuse émérite qui m’a préparé mes petits plats .

Patrick Tonolini, plongeur recycleur et spéléo, mélange tout avec son Bauer Purus.

Et ceux qui n’ont pu venir dont Laurent, Paco…

A Propiano,

Denis Bignand et ses moniteurs d’U-Levante

Francis Machecourt du CREPS d’Ajaccio et son épouse Sylvaine

Théo Laumonier

Laurent Grillot (Lolo)

Pierre Schiffer et Christian Gay-Capdeville d’Aquasport Contois

Pascal Vieux et Jean-Louis Léandri, marin d’U-Levante

Louis Lari de la Pilotine Santa Maria et son fils Jean-Marie pilote au port.

Remerciements :

à Henri Benedittini qui nous a une fois de plus apporté toute son aide.

A Bernard Gardette, Directeur scientifique de la Comex, pour ses nombreux conseils éclairés.

Au Professeur Bourbon, du Laboratoire Fonctionnel du Système Nerveux (CHU Toulouse-Rangueil) pour sa formation en préparation mentale.