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Le fil d’Ariane

En plongée spéléo, le fil est le facteur déclenchant d’accidents mortels dans le tiers des cas, le plus souvent par son absence (les plongeurs ne retrouvent pas la sortie et se perdent). Mais parfois c’est sa mauvaise gestion qui provoque l’accident(pris dans le fil sans sécateur, rupture ou perte sans retrouver la sortie, erreur de sens à cause d’un mauvais marquage…).

1991 Grotte Cosquer : 3 plongeurs niveaux 1 et 2 sans formation ni fil se perdent et se noient à -36 mètres.

1994 Grotte de la Trémie : 3 plongeurs se perdent sans fil. Un seul retrouvera la sortie.

1997 Juans Les Pin : une palanquée de plongeurs mer pénètre dans une grotte sous marine dans la zone des -30 mètres . Après seulement 15 mètres de progression, leur palmage et leurs bulles ont tellement réduit la visibilité qu’ils ne peuvent plus se repérer. Une plongeuse réussit par hasard à retrouver la sortie et alerte un moniteur qui redescend chercher les deux derniers plongeurs. Ils ne remonteront plus. Ces plongeurs, non formés à la plongée sous plafond, n’avaient pas de FIL D’ARIANE !

1997 Estartit : 7 plongeurs décèdent dans des grottes sous-marines des environs : pas de formation sous plafond ni de fil d’ariane.

2001 Lac Vert (Hautes Vosges) :2 plongeurs sous glace sans fil d’Ariane ;l’un des deux se perd , ne retrouve pas la sortie et se noie.

Ce ne sont malheureusement là que quelques exemples parmi des dizaines de cas en France et des centaines à travers le monde (beaucoup en Floride et au Mexique), essentiellement en plongée spéléo, mais aussi sous glace et en pénétration d’épaves.

Ces risques sont les mêmes dans les autres formes de plongées sous plafond : sous glace et pénétration d’épaves.

Le fil est aussi utilisé en eau libre, surtout en plongée profonde pour retrouver le mouillage ou la ligne déco à coup sûr, puis pour envoyer le parachute ou se longer sur la ligne de décompression . On peut aussi chercher des objets perdus Dans tous ces cas un mauvais dévidoir et une mauvaise utilisation du fil peuvent avoir des conséquences catastrophiques(perdre la ligne déco ou le mouillage, se faire entraîner par un dévidoir lors de l’envoie du parachute, avec soit la perte du parachute, soit l’omission des paliers depuis -20 ou -30 mètres, dans le meilleur des cas !

On a donc tout intérêt à avoir du bon matériel, solide, maniable, simple et qu’on sait parfaitement utiliser :dévidoir, fil, instrument capable de couper ce fil.

Le Fil :

Appelé généralement fil d’Ariane pour les spéléos.

D’après la mythologie, la fille de Minos, roi de Crète, se nommait Ariane. Elle tomba amoureuse de Thésée, venu tuer le Minotaure. Pour retrouver la sortie du labyrinthe, elle lui donna une pelote de fil.

Ce fil, en spéléo, équipe souvent déjà les cavernes noyées les plus fréquentée. Mais il doit être déroulé dans les grottes, épaves ou parcours sous glace oû il est absent, même quand la visibilité est excellente et semble inaltérable. On n’est jamais sûr de retrouver l’entrée et les meilleures conditions peuvent se dégrader en quelques secondes.

Ce fil sera soumis à de nombreuses contraintes dû au milieu(frottement sur les arêtes rocheuses en spéléo, les tôles coupantes en épaves), au dévidoir et à l’utilisateur qui confond parfois fil et corde et l’utilise pour se tirer dessus.

On le choisira donc résistant. C’est le plus souvent du fil nylon de 2 à 3mm de couleur claire voyante(blanc, jaune, orange…).

J’ai utilisé avec succès du fil 1, 2mm » kevlar », type suspente de parapente, donc très solide et de couleur jaune ou rose fluo, fourni par la société de corde Béal.

Il est indispensable de vérifier le fil neuf en l’enlevant de sa bobine. On a parfois de mauvaises surprises :accrocs, faiblesses…

On peut utiliser du fil de 1, 5mm pour les dévidoirs de secours. Certaines cavernes noyées sont équipées depuis des années en fil de 1, 5mm. Encore faut-il que les crues n’y soient pas trop violentes et que ce fil si fin soit-il soit correctement mis en place !

La solidité de ce fil dépend à la fois de la matière utilisée, du nombre de brins qui le composent et de son diamètre. Mais cette solidité, qui dépasse largement les 90 à 150 kilos pour 2mm d’épaisseur, reste très secondaire par rapport à la manière dont ce il est posée.

En effet, la traction sur ce fil n’atteindra jamais ses limites de rupture . En revanche un fil mal équipé, qui frotte par exemple sur une arête rocheuse lors d’une crue cassera en peu de temps.

Même chose avec une tôle d’épave coupante.

Il est à noter que certaines cavités sont équipées de cable inox gainé, supposés être plus résistants aux crues(on en a vu casser tout de même !) et aux tractions, et moins se prendre dans les hélices des scooters, parce que plus rigide. C’est aussi la raison pour laquelle il est si difficile de l’installer, et surtout de l’amarrer.

Certains courts siphons sont équipés en corde ou cordelette pour se tracter dessus.

L’équipement du fil :

Sa qualité dépend de 2 facteurs essentiels :l’expérience et l’entrainement du plongeur et le type de dévidoir utilisé. (autre article).

Le dévidoir :

Vous verrez en encadré plusieurs modèles actuellement disponible sur le marché.

Un bon dévidoir doit avoir une bonne prise en main, même avec des gros gants(poignée réellement ergonomique), un système de fonctionnement aussi simple que possible, évitant surtout au fil d’aller se prendre dans l’axe. Tout doit donc être particulièrement ajusté et bien fini surtout au niveau des Flasques. Ainsi il est facile de dérouler et de rembobiner le fil, surtout sans risque d’emmèlage ou de bourrage de l’axe, particulièrement dangereux en spéléo dans la touille ou pire à la remontée d’une plongée profonde en eau libre quand on veut se signaler et que le fil bloque le dévidoir alors que le parachute commence son ascension.

Eviter les modèles trop fragiles, compliqués, avec des freins partout et qui rendent DANDEREUX le fait de rembobiner et même parfois de dérouler !

Un seul frein est suffisant . Ces freins peuvent venir bloquer les flasques ou être simplement un élastique ou une chambre à air qui retient la manivelle de rembobinage.

Une dragonne pour ne pas le perdre en l’utilisant, à enlever impérativement lorsqu’on envoie un parachute, sous peine de partie avec !

La taille et donc l’encombrement doit être en relation avec le rôle du dévidoir.

Un petit dévidoir avec 50 mètres de fil sera le minimum comme secours en spéléo, et sera suffisant en mer en cas de pénétration d’épave ou de parachute à lancer, à condition que les paliers ne commencent pas plus profond que 40/50 mètres, ce qui sera vite le cas avec les nouveau logiciel type V-Planner avec des décompression commençant très profond Le courant est aussi à prendre en compte. Et il n’est jamais confortable de faire de longs paliers en pleine eau, surtout si on est perdu. Le fil rassure en donnant un point de repère si ténu soit-il et il est préférable de se signaler le plus vite possible donc dès le début des paliers.

En revanche pour des usages plus « lourds »(exploration ou topographie en spéléo, il est préférable d’utiliser des modèles plus gros, d’autant plus qu’IL N’EST JAMAIS BON DE REMPLIR COMPLETEMENT UN DEVIDOIR , c’est une règle de base . Laisser au minimum un quart à un tiers d’espace sans fil laisse de la marge dans les manipulation, surtout pour les rembobinages un peu rapides et parfois anarchiques. De toute manière, un dévidoir trop rempli est dandereux car les premières longueurs de fil risquent de sortir des flasques et de bloquer l’axe du dévidoir Si le dévidoir est déjà à ras bord avec le fil sec et bien enroulé, qu’est-ce que ça va être avec la même quantité de fil mouillé et mal rembobiné ?Eh bien soit ça ne rentrera plus, soit de belles pelotes bien dangereuses !

Pour un modèle donné pour 275 mètres de fil par exemple, déjà se renseigner sur le diamètre de fil pris en compte, et y mettre réellement entre la moitié et les trois quart max de fil, soit dans notre exemple environ entre 140 et 200 mètres de fil de 2 à 3 mm.

L’idéal, surtout si on en utilise un, est d’avoir deux dévidoirs . On peut toujours être obligé d’en abandonner un. Un petit avec environ 5O mètres et un plus important avec 100 à 200 mètres. Voir même une bobine pour les plongeurs profonds(Type bobine de corailleur ou finger ou spool DIR) pour le parachute, que l’on jette et qui se dévide pendant que l’on envoie le parachute . Très simple et très efficace. On garde dans ce cas le dévidoir pour le fond/épave et en secours. Préparation du fil avant de l’enrouler dans dévidoir :

Il est conseillé de le mouiller et de le faire sécher, car avec certains fils la longueur peut perdre jusqu’à 10%.

Puis il faut le marquer. C’est une étape primordiale :le fil, en particulier en spéléo, et encore plus pour la topographie des cavernes, doit avoir une ETIQUETTE MARQUEE CLAIREMENT DE LA DISTANCE DE LA SORTIE ET D’UNE FLECHE INDIQUANT LE SENS DE CETTE SORTIE(utilisation d’un feutre indélébile et de gros scotch blanc, orange, jaune, rouge. . ) . On peut en plus tailler en pointe le scotch utilisé dans le sens de la sortie, ce qui peut aider à la retrouver au toucher en cas de très mauvaise visibilité. Un nœud noué côté sortie peut aussi faire l’affaire.

Eviter les nœuds ou traits successifs sur le fil, peu clairs surtout stressé !

Pour les plongeurs profond , il peut être plus judicieux de marquer le fil tous les 3 mètres, depuis le premier palier jusqu’à -3 mètres. Le fil peut ainsi aider à remplacer un profondimètre défectueux pour effectuer des paliers corrects.

Veillez à bien attacher le fil à l’axe au départ, et à l’enrouler le plus correctement possible, régulièrement, d’un côté puis de l’autre, sans trop le serrer.

A noter l’existence de flèches plastique indiquant la sortie pouvant se fixer sur le fil à l’aller et se récupérer au retour. Très pratique surtout s’il n’y a pas d’indication sur le fil en place, ou qu’elles sont fausses(distances erronées ou flèches dans le mauvais sens :Déjà Vu !).

En spéléo, comme en pénétration d’épave et en plongée profonde, le dévidoir et le fil d’ariane , associé à un instrument coupant, sont INDISPENSABLES pour la sécurité. Nous verrons dans un prochain volet l’utilisation et l’entrainement pour utiliser fil et dévidoir, et le matériel annexe. On peut juste préciser pour l’instant que le dévidoir doit être positionné à l’aide d’un mousqueton dans un anneau de manière à être très facilement accessible, mais sans gêner l’hydrodynamisme, en particulier ne pas trop pendre, ni risquer de s’accrocher ou de se détacher et se perdre . Bas des bouteilles, du harnais de wings.

Matériel annexe :

Les Instruments coupants :

Lorsqu’il y a un fil, celui –ci reste le premier facteur déclenchant d’accident :dans beaucoup de cas les plongeurs se prennent dedans, le plus souvent par une palme ou le scaphandre dorsal.

Toute utilisation du fil+dévidoir doit donc être associé à un instrument capable de couper ce fil, si possible vite et d’une seule main. Et à ce titre , le traditionnel couteau de plongée semble plus efficace pour couper les oursins que les filets de plonger.

A . les ciseaux et les sécateurs à lames chevauchantes. On ne doit en aucun cas négliger la qualité, les lames doivent être réellement ajustées et rigides, sans espace oû le fil puisse se coincer. Les ciseaux types Fiskar Inox conviennent généralement très bien, de même que certains ciseaux de type chirurgicale.

B . Les sécateurs à enclume, avec la lame supérieur coupante vient appuyer sur une large lame inférieure non coupante.

C. Les Z-knife : prévus à l’origine pour découper le gibier ou les suspentes de parachute ou de parapente en situation d’urgence, certains sont coupants comme des rasoirs et très efficaces.

Il doit être porté sur le plongeur de manière à être accessible, et posséder une dragonne ou une longe reliée au plongeur(Avant-bras par exemple). On peut le doubler sans hésiter.

Tous ces instruments ne doivent être adoptés qu’après des tests sérieux à l’air libre, puis sur une plongée en eau libre d’essai, sans cumuler les inconnues. Ne pas trop se fier aux infos données dans les notices, ni aux plongeurs qui l’ont adopté sans l’essayer vraiment. De même qu’on teste d’abord un dévidoir au sec, on commence toujours par essayer de couper plusieurs types de fils ou filet pour les plongeurs mer.

Enfin, en spéléo, on associe le dévidoir et le sécateur au compas qui permet d’aider à retrouver la sortie en cas de perte du fil.