Grotte de la Madeleine

Grotte de la Madeleine : Jusqu’au bout de la Touille …

Article paru dans le magazine Spéléo n°32 [Août 1999]

Je progresse lentement, péniblement, dans l’obscurité de la caverne noyée. Une heure à palmer avec trop de bouteilles, contre un courant trop fort, dans un siphon en crue. Au moins cette crue a l’avantage de reléguer le seuil rocheux à escalader entre le siphon 1 et le siphon 2 au rang des mauvais souvenirs. L’eau passe à présent au dessus… Alors que la semaine dernière, lors des plongées de portage, il fallait encore patauger dans la boue après les 110 mètres du siphon 1, puis se hisser laborieusement au-dessus de ce maudit seuil, avec les lourdes bouteilles de décompression, ou encore, les 60 kilos du scaphandre dorsal, en nage dans les combinaisons étanches, le souffle coupé par l’effort et l’excès de CO2! Mais la belle vasque du siphon 2 en vaut bien la peine. C’est la clé de la poursuite de l’exploration de cette magnifique rivière souterraine. Une invitation bleu vert à la première.

-68 mètres, la fin du fil d’Ariane, mon terminus de 1996 est là. Devant l’inconnu. L’exploration peut enfin commencer. J’attache soigneusement mon nouveau fil à l’ancien et commence à le dérouler. La galerie toujours très argileuse descend lentement, avec ces parois rocheuses lisses qui défiles. Les points d’amarrages pour mon fil sont rares.

-73 mètres, un relais abandonné prématurément et une consommation augmentée par le courant et la charge excessive m’obligent à stopper ma progression vers l’inconnu. Je tiens de plus à garder une réserve de sécurité en Trimix suffisante pour rentrer. Le temps de planter mon dévidoir à 660 mètres de l’entrée du siphon 2 et de jeter un dernier coup de phare sur la suite qui me semble remonter doucement et j’entame le retour. Le reste de la caverne restera vierge jusqu’à la prochaine fois.

Sans grande surprise, après mon demi-tour, je me heurte à une visibilité quasi nulle, provoquée tant par l’argile tombée du plafond que par celle soulevée par mes palmes. La progression est donc encore plus lente, à tâtons, malgré le courant dans le dos. Néanmoins l’hélium de mon Trimix me procure toute la lucidité nécessaire à cette profondeur et dans ces conditions. Lentement mais sûrement, je rejoins ma zone de décompressionsans oublier au passage de récupérer mes relais déposés à l’aller. C’est donc à nouveau chargé de six blocs que j’arrive à ma première bouteille de décompression à -36 mètres, à 900 mètres de l’entrée de la grotte, à l’issue de 1200 mètres de palmage harassant.

Quelques minutes plus tard, chargé à présent d’une dizaine de bouteiles de mélange de fond (Trimix) et de décompression (Nitrox), je rejoins mon palier de -24 mètres où je retrouve Arnaud, mon unique plongeur d’assistance pour cette pointe. Une semaine plus tôt, il m’avait déjà aidé, accompagné par Cédric, Philippe et Michel pour porter et déposer la douzaine de bouteilles nécessaire à cette plongée. Les paliers s’allongent. Arnaud, dans le brouillard total et devant l’impossibilité de communiquer, est parti en emportant les relais de fond. Je dois me déplacer fréquemment pour « apercevoir » ma montre et mes profondimètres quelques secondes et gérer mes paliers.

Je songe à la prochaine pointe à la Madeleine. Son exploration nécessitera des moyens nouveaux, à la mesure de l’ampleur que prend le réseau. des préportages derelais déposés loin dans le siphon, peut-être un recycleur et surtout un propulseur pour éviter les très longues séances de palmages avec les efforts et la surconsommation en gaz qui en découle. En attendant cette prochaine plongée, un peu plus loin, un peu plus complexe, je termine celle ci par une sortie rapide, mais un peu cahrgé du siphon 1. Je retrouve Arnaud, qui commence à s’assoupir, après 6 heures 30 d’exploration.

Fiche Technique
La grotte de la Madeleine est située sur la commune de Pennes dans le département du Tarn. Le réseau est constitué d’une partie supérieure exondée, ornée d’ailleurs de gravures rupestres représentant des Vénus, symboles de le féminité et de la fertilité, unique en France et d’une partie inondée reliée par trois puits (regards) à la partie supérieure. Un captage occupe l’un d’eux. La vasque du siphon 1 débute la voûte d’entrée, dans une belle bambouseraie en bordure de l’Aveyron.

Le Siphon 1 mesure 110 mètres pour une profondeur de 9 mètres. Il est tortueux, avec de nombreuses variations de profondeur et de directions. La sortie se fait sur un talus d’argile. On accède alors à la grande salle, haute de 10 mètres, qui précède la vasque du Siphon 2 et son fameux seuil rocheux. La vasque est magnifique. Au fond vers -4 mètres, la suite continue par un passage rocheux étroit qui donne accès à une galerie qui reste confortable jusqu’au terminus dont la section est de 4 par 4 mètres. Le terminus est également très argileux. Vers -20 mètres, quelques cheminées explorées par Philippe Rabatel. Puis le conduit descend progressivement avec de léger changement de direction mais reste constamment orienté vers le Nord. La zone noyée totalise 800 mètres et pour le second siphon le développement est de 660 mètres pour une profondeur de -73 mètres.

Historique
La zone noyée est explorée dès 1984/85 par Patrick Barthas et Guy Estadieu sur 400 mètres pour -38 mètres. Dix ans plus tard, Pascal Bernabé reprend l’exploration et découvre 400 mètres de galerie vierge, entre -40 et -73 mètres, jusqu’en 1999. Phlippe Rabatel explore les cloches du Siphon 2 et réalise une escalade dans la salle entre le S1 et le S2.

Remerciements

A Claude Bon pour son aide précieuse, ainsi qu’à Philippe Rabatel, Cedric Darolles, Arnaud Legros et Michel Balent pour leur assistance. Au comité spéléologique du Tarn (81) pour son soutien matériel et financier ainsi qu’au conseil général du tarn. A Petzl, Béal, Scubapro.