10 Conseils

10 Conseils pour plonger en sécurité sur des épaves profondes.

Article paru dans le magazine Octopus n°24 [Février-Mars 2000]

Plongées particulières et délicates qui ne s’improvisent pas, les plongées profondes, à fortiori sur épaves, demandent une importante préparation.

Il peut être très tentant et facile de commettre de multiples erreurs. Le Jose Illueca, est à ce titre un cas d’école. Les premières structures sont à -76/78 m. On peut être tenté de plonger à l’air. Pourquoi pas ? C’est plus simple, moins cher. Et puis -80 c’est pas profond ! Pourquoi pas en monobouteille tant que vous y êtes !

Il est intéressant de noter que Patrice et François avaient déjà plongé sur cette épave en technique mer classique, à l’air, il y a quelques années. Le trimix leur a permis de redécouvrir totalement l’épave dans des conditions de sécurité optimales.

Soyons sérieux ! Voici 10 petits conseils basiques, presque de survie, pour éviter de faire n’importe quoi :

1. Planifier sa plongée et plonger selon ce plan. Cela va du choix de l’objectif en fonction de son entraînement, sa formation, sa forme, au choix du matériel en fonction de cet objectif. Et on doit pouvoir justifier tous ces choix, et surtout ne pas essayer d’emmener untel ou untel « parce que c’est un bon ».

2. Ne pas plonger, donc, sans une solide formation de base, sur épaves, aux mélanges. Et sans un long entraînement avec un lourd scaphandre, des relais, des procédures de décompression que l’on n’allongera que très progressivement…

3. Quant à la profondeur, en aucun cas on ne doit dépasser -50/60 m à l’air (de toute manière, au-delà de 60 mètres, quelle table digne de ce nom utiliserez-vous, gros malin ?). C’est bien assez profond et c’est une gamme de profondeur où l’on peut déjà utiliser, sans honte, le trimix, en fonction de sa susceptibilité à la narcose. On gèrera de toute manière nettement sa plongée. Et on réduira considérablement les risques d’essoufflement, et ceux liés à une ppo2 excessive. Enfin, cette lucidité dûe à l’hélium n’aura plus de prix quand, pris dans un filet ou perdu dans une coursive à -75 m, il faudra réagir vite et bien (« tu l’estimes à combien la vie de cet homme ? »). De toute manière au trimix, on ne dépassera pas – 80 m. Au-delà, même si cela reste possible, ça devient franchement compliqué : trop de matériel à emporter, trop de paramètres inconnus.

4. Cela implique, dans tous les cas, de prévoir une décompression avec des mélanges suroxygénés (36% ou 80% o2 pur à-6m… ) Donc une gestion de décompression complexe, mais précise.

5. Cela implique aussi d’emporter avec soi toute sa décompression. Par exemple-1 bi 12 I ou bi 15 I de mélange fond. 1 bouteille relais de nitrox 36% o2, une autre de 80% d’o2 pur.

6. Toujours prévoir un dépassement de temps. Et de profondeur au fond dans sa planification. Par exemple 5 min. et 5 m. de plus.

7. Considérer ces plongées comme sous plafond au moins à cause des paliers et prévoir donc au moins 1/3 en sécurité au fond et dans la remontée. Appliquer la règle de la redondance sur l’équipement vital.

8. Eviter de pénétrer dans les épaves, et ne pas le faire sans un fil d’Ariane et donc un sécateur (ou des ciseaux) qui reste le plus pratique pour couper un filet d’une main. Le dévidoir peut aussi se dérouler sur une épave si l’on veut être sûr de retrouver le mouillage à temps. Il peut enfin servir à lancer un parachute. Toutes ces utilisations ne s’improvisent pas et sont longues à apprendre et à assimiler.

9. Prévoir là plus qu’ailleurs des parachutes pour se signaler le plus tôt possible en cas de perte de la ligne (pleine eau), dès le début de la décompression par exemple. Prévoir aussi du matériel spécifique pour se signaler en surface de loin (fusée, miroirs… ).

10. Le bateau, enfin, doit être choisi avec soin, tant pour ses capacités à accueillir notre lourd équipement qu’à réagir dans les pires situations. On comprendra l’importance d’un skipper expérimenté et sensibilisé à ce type de plongée.